[Critique] Enter the Void

Enter the Void 2010En 2002, le réalisateur Gaspard Noé fait sensation et polémique au Festival de Cannes en présentant le film Irréversible, en raison de sa violence crue et grâce à un montage réussi. En 2010 sort Enter The Void, son troisième film, où l'on suit l'histoire et le parcours initiatique d'Oscar, drogué et dealer vivant à Tokyo qui se retrouve assassiné par la police qu'il tente de fuir, après avoir été balancé par un de ses clients qui cherchait à se venger.

L'histoire sert ici de prétexte au réalisateur pour faire un ode à la philosophie tibétaine expliquant la réincarnation des hommes après la mort. En effet, dès le début du film, on voit qu'Oscar discute avec son ami Alex (qui lui a prêté le Bardo Thödol ou Livre tibétain des morts) du message du livre : une fois mort, l'âme d'un mort erre pendant 49 jours à revivre sa vie et à observer le monde des hommes, et fasciné par celui-ci, l'âme se réincarnera dans un nouveau né. De cette philosophie dont le réalisateur reconnaît être adepte en sort un film sans intérêt qui ne vaut que par sa réalisation.

La réalisation est en effet excellente. Filmé le plus souvent à la première personne ou juste derrière la tête d'Oscar, le film nous propose des plans-séquences très réussis et une atmosphère très colorée. Cependant, après plus de 2h30 de films, les failles de la réalisation se font ressentir, en nous proposant le même schéma : caméra narrative au travers le regard d’Oscar, caméra omnisciente qui le suit pour refaire l’histoire de sa mort, puis caméra flottante comme pour représenter l’âme errante du défunt, le tout accompagné d'animations psychédéliques et aveuglantes.

Seulement, la réalisation est la seule chose qui sauve le film. Le reste du film est contemplatif, en nous proposant pendant plus de 2h des plans sans intérêt, sans âme et sans profondeur. L'aspect contemplatif, pourtant très réussis dans les films de T. Malick sont ici sans intérêt. Ces plans donnent une sensation de voyeurisme au spectateur toute à fait désagréable pendant tout le long du film, puisqu'on suit le parcours d'une âme qui visite le monde des hommes. Ce voyeurisme est poussé à l'extrême en mettant en avant des scènes de sexes régulières, sans intérêt, comme pour signifier que le seul intérêt de la vie repose dans des parties de jambes en l'air.

Et c'est dommage, parce que les thèmes que le réalisateur veut transmettre dans son film, sont très intéressantes (l’abandon, la séparation, le deuil, le sexe, la prostitution, la drogue, l’inceste, le complexe d’oedipe, l’avortement, l’adultère, la réincarnation), mais complètement mis de côté, comme si survoler ces thèmes feront que le film les exploitera.

Le réalisateur fait aussi des choix complètement surprenant, comme le fait d'installer son histoire au Japon. Si de manière général, les films occidentaux visent à présenter le pays comme une Terre propice à la philosophie, aux arts martiaux ou au choc des cultures, ici la ville et le pays n'ont pas d'explication sur le lieu de l'histoire, qui aurait pu se passer n'importe où à travers le monde.

Autre surprise, le générique de fin, qui se retrouve au début. Si on aurait pu s'attendre à un hommage à Irréversible, le générique nous offre au final une crise d’épilepsie ainsi qu'un bourdonnement désagréable, à cause d'une musique fade.

Enter the Void 2010

Enter The Void est un film sans intérêt, à ne regarder que sous substances illicites, qui n'arrive pas à faire passer le message du film, en raison d'une histoire plate sans intérêt bien que servie par une réalisation excellente.

Note :

Note-2-10

Enter the Void
Réalisé par Gaspard Noé
Avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy,...

Date de Sortie: 5 Mai 2010
Genre: Drame, Fantastique

Synopsis: Oscar et sa sœur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d'une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu'il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa sœur de ne jamais l'abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.