[Critique] Cloud Atlas

cloud atlas 2013Cloud Atlas fait sans aucun doute partie de ces films ambitieux, que l'on voit très rarement au cinéma. L'enjeu est ici de retranscrire l'histoire écrite par David Mitchell. Et plutôt qu'une histoire, il s'agit de 6 histoires légèrement entre-mêlés, se déroulant à travers différentes époques. On y suit l'histoire d'Adam Ewing en 1849 qui traverse les océans complètement malade; celle de Robert Frobisher un musicien qui en 1936 va demander du travail auprès d'Ayrs, un ancien grand musicien. Luisa Rey en 1973 doit déjouer un complot nucléaire, tandis que Timothy Cavendish doit de nous jour fuir des agresseurs. Enfin, deux histoires qui se déroulent dans le futur, celle du clone Sonmi-451 qui en 2144 doit apprendre à avoir sa propre conscience, et celle de Zachry, qui 200 ans plus tard doit affronter ses démons en aider Meronym. Leur point commun? Une tâche de naissance en forme de comette...

Cette adaptation est ambitieuse, puisque deux contraintes s'imposent à elle. En effet, le style narratif, dans l'ouvrage de base est différent pour chaque histoire. On peut y suivre une histoire écrite sur un journal, une relation épistolaire, ou encore une interview. Tous ces styles qui arrivent dans le livre à retranscrire de façon très intéressante l'histoire ne semblaient pas chose aisé à adapter. Et pourtant, le film arrive à alterner les styles narratifs sans souci, en nous paraissant même naturel lorsqu'on passe d'une histoire à l'autre.
C'est d'ailleurs le second enjeu de cette adaptation, l'alternance entre les histoires. Si dans le livre, l'histoire est raconté de façon A B C D C B A et nous permet de bien comprendre l'histoire et les enjeux de chaque personnage, en comprennant de façon efficace comment une histoire parvient aux oreilles de l'autre. Mais un tel style n'est pas du tout adaptable au cinéma, puisque sans réel fondement. On se retrouve donc avec une alternance de scènes de chaque histoire, nous permettant de visualiser de façon différente les liens entre chaque histoire.

Et c'est d'ailleurs l'une des plus grandes réussites de ce film : le montage. En effet, d'une inventivité incroyable, le montage nous permet de façon très naturel de passer d'une histoire à l'autre, grâce à des jeux de mots, ou des situations assez similaire. Si l'on fait référence à un chauve dans tel histoire, le montage nous montrera le chauve d'une autre histoire, et ainsi de suite. Ce montage permet de dynamiser le film, en ne laissant aucun temps mort. En plus du montage, la réalisation est très réussie. En effet, si "deux" réalisateurs ont créé le film, le résultat est uniforme. Les histoires que Tom Tykwer a réalisé ne fait pas pâle figure au côté de celles des frères Wachowski. La photographie est dans l'ensemble très réussie, et les plans de Néo-Seoul en 2144 sont bluffants.
Un mot sur le casting, hallucinant. S'il est hallucinant, c'est parce que les acteurs principaux incarnent tous un personnage différent dans chaque histoire. Tom Hanks se retrouve ainsi à jouer une pourriture dans une histoire, et le héros d'une autre, et le résultat est saisissant. Le casting est d'autant plus hallucinant qu'il est couillu. Différents acteurs n'hésitent pas à "changer de sexe" pour le film. Ce casting permet de relier encore plus les différentes histoires. Pour accompagner ce changement de personnage, les effets de maquillage sont particulièrement réussis. En effet, si certains sont aisément reconnaissable, d'autres sont réellement bluffants, comme en témoigne le générique final. Le maquillage est d'autant plus réussi qu'il est cohérent avec les différentes époques.

L'histoire au final est extrêmement dense. En abordant des thèmes comme la religion, l'écologie, le capitalisme ou la technologie, Cloud Atlas offre matière à réflexion, tout en étant divertissant. La musique est particulièrement réussie, notamment les thèmes principaux, à savoir le sextet enivrant, ou la marche "Cloud Atlas", dont les premières notes de piano restent dans la mémoire.

Deux petits bémols cependant, qui empêchent au film d'avoir la note suprême : la signification de la tâche de naissance, et la transmission d'une histoire à l'autre. Car si cette transmission se fait de façon dans le livre grâce à sa découpe, dans le film, elle est beaucoup trop subtil et invisible, notamment puisqu'on n'a pas encore eu le temps d'identifier tous les personnages, ainsi que le style narratif propre à lui.

cloud atlas 2013

Cloud Atlas fait partie de ces merveilles, destinées à être culte, à la fois divertissant et amenant à réflexion, grâce à "une" histoire très réussie, une réalisation nickel, une musique à tomber, un casting parfait et un montage inventif.

Note :

Note-9-10

 

Cloud Atlas
Réalisé par les Watchowski et Tom Tykwer
Avec Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving,...

Date de Sortie: 13 Mars 2013
Genre: Science-Fiction, Romance, Drame

Synopsis: À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié.